Jean-Luc Guionnet
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Espace bas

¬ Compositions ¬ Acousmatiques

à Caroline Pouzolles — 1995



Comme si par le vent nous arrivait des lueurs : le son est une lumière qui frotte. Documentaire de rien, musique détachée des poétiques de la source, soit des nostalgies tout à la fois de la cause et des espaces que l’on dit réels pour les besoins de la cause : avec "espace bas", j’ai joué à construire, librement et presque mentalement, le sonore qui nous échappe par le bas. Comme pour chercher les fondamentales multiples du bruit de fond et au final arriver à faire avec le bruit sans faire de bruit — sous le prétexte de la musique : on dirait que le temps contourne les sons comme l’eau contourne la forme des pierres et de tout ce qui peut se trouver sur son chemin ; mais on dirait aussi qu’en contournant ces formes, le temps frotte, fait du bruit en frottant, et implique encore d’autres formes, alors formes de temps. "Espace bas" est un faux bruit et une fausse musique qui tire par bouffées le continuum grave du son qui passe jusqu’au bord de formes de temps — comme si être bas revenait à être à venir. Espace bas est dédié à Caroline Pouzolles. // As if the wind were bringing us glimmers : sound is a light which scrapes. Documentary of nothing, music detached from the poetics of the source, i.e. from the nostalgia both of the cause and the spaces called real for the good of the cause : with "espace bas" (low space), I was playing at building, freely, almost mentally, the sound which escapes from below. Like seeking multiple fundamentals of background noise, ultimately managing to make do with noise without making noise — under the pretext of music : it seems that time outlines sounds like water outlines the forms of stones and everything in its path ; but one could also say that, in so doing, time scrapes, makes noise in scraping, and involves other forms : forms of time. "Low space" is a false noise, a false music that, in bursts, pulls the bass continuum of passing sound to the edge of forms of time - as if being low amounted to being to come. « Espace bas » is dedicated to Caroline Pouzolles - Dieppe - 1995 - coproduction : « la grande fabrique »

« GRAVIERS » - Caroline Pouzolles
(Marble gravel - February 1995 - +/- 220 x 220 x 1,5 cm)
Stones are placed equidistant from one another, with their ridgelines carefully oriented. Through touching the tiny stones, the forms became virtual sounds, sounds that rang in my ears more faithfully than my vision. I worked in two / three hour sessions, which became, after half an hour, veritable symphonies. I aligned the pebbles, concentrating intensely on the evolution of my desire and its consequences, on the gradual change of societies, the multiplicity of artistic forms, the situation of the individual in the flux of metamorphosis. Through a patience with no destination other than a state of being, an attention plunged deep into the infinitesimal variations of a micro-ensemble of elements belonging to a sub-category of objects, through my decision to be without intention, I attained a pleasant lightness ; joy, perhaps. - Realised over 8 days. / Chaque gravier est déposé à distance égale des autres, et sa ligne de crête est orientée. À force de palper les petites pierres, les formes devenaient des sons virtuels qui sonnaient dans mes oreilles plus fidèlement que la vision que j’en avais. Je travaillais par séances de 2 / 3 heures qui au bout d‚une demi heure devenaient des symphonies. J’alignais ces cailloux, très concentrée sur l’évolution de mon désir et ses conséquences, sur le devenir des sociétés, la multiplicité de formes artistiques, la situation de l’individu dans le flux des métamorphoses. Par une patience offerte sans autre destinataire qu‚un état, par une attention plongeant dans les infimes variations d‚un micro ensemble d‚éléments d’une sous-catégorie d’objets, par ma décision d‚être sans volonté, j’atteignais une légèreté très agréable, peut-être était-ce cela la joie. - Temps de réalisation : huit jours.

sculpture/photos : Caroline Pouzolles - drawings : Jean Luc Guionnet
translation : Dan Warburton & Patrick McGinley