Jean-Luc Guionnet
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Présentation générale

¬ Théorie


Mon travail se divise en autant de parties qu’il m’est offert d’occasions d’agir et de penser par le son et l’image. Ces occasions ont toujours à faire avec la rencontre forte d’un dehors : un instrument (saxophone/orgue), une idée théorique (qu’est-ce que la rumeur ?), et surtout un ami collaborateur (André Almuro, Éric La Casa, Taku Unami, Yvan Clédat, Éric Cordier, Olivier Benoit …).

S’en suit alors une suite éclatée de thèmes qui, à leur tour, influencent l’évolution du travail musical et orientent les rencontres à venir : l’épaisseur de l’air, l’écoute comme obscure à elle-même, le pidgin (langage sans grammaire ni vocabulaire pratiqué par deux adultes sans aucune langue commune), l’instrument de musique considéré comme automate affectif, la géométrie et l’arithmétique de la vision et de l’écoute … leurs différences, le son comme signature de l’espace, signature d’objets, signature de ce qu’il n’est pas, le paysage & le placard … Ou encore le voisinage (permis par la langue française) du temps qui passe et du temps qu’il fait … et par le truchement duquel l’œil et l’oreille se retrouvent dans le même dénuement.

La musique, le dessin, le cinéma deviennent alors, au travers de leurs propres protocoles artistiques, autant de façons de tester la réalité sentie et pensée pour amener à un point critique la “ vérité ” du sens commun, sur laquelle est souvent construit le travail lui-même.

Réciproquement, c’est un test dont l’expérience définit une nouvelle distribution de tout le corps en le plaçant dans un environnement à la fois inconnu et artificiel, tout en le laissant capable de penser, de compter, de faire des relations, d’entendre et de comprendre les lieux, etc.

L’émotion que je cherche est faite de toutes ces strates et du (plus ou moins aisé) glissement de toutes ces strates les unes sur les autres durant l’écoute : quand la musique et l’image donne le temps.

My musical work subdivides itself into as many ways as occasions arise for me to think and act with sound. Those occasions have always to do with a strong meeting with an outside element : an instrument (saxophone/organ), a theoretical idea (what is "rumour" ?), and mainly a collaborating friend (Edward Perraud, Éric La Casa, Pascal Battus, …) ... There then follows a collection of heteroclite themes which, in turn, influence the evolution of the musical work and define the direction of meetings to come : the thickness of the air, the pidgin (language with neither grammar nor vocabulary), the musical instrument considered as affective automaton, listening dark unto itself, the algebra of and in hearing, sound as a signature of space, signature of objects, signature of what it is not... the fact that French uses the same word – le temps – for time and weather, propagation and spread of forms in time etc. Music is, then, a way to test reality through its own artistic protocol and bring the truth of common sense, on which music is often built, to a critical point.
Conversely, it’s a test whose experience defines a new distribution of the whole body by artificially localizing it in an unknown and purely physical environment, all the while being able to think, count, make relations or understand places, and so forth. The emotion I look for in music is made out of all these strata and the (more or less easy) sliding of one over the other during the act of listening.