Jean-Luc Guionnet
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Disparlure

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- corpus-hermeticum - hermes 038 - Nouvelle-Zélande
Phéromone : improvisations électroniques & instrumentales Éric Cordier (vielle-à-roue & électronique), Pascal Battus (guitare environnée) & Jean-Luc Guionnet (divers objets, microphones, petits instruments)


PHEROMONE
" Disparlure "
Corpus Hermeticum, hermes 038.
Dist. Metamkine

Eric Cordier et Jean-Luc Guionnet nous ont donné à entendre quelques unes
des propositions expérimentales les plus intéressantes de ces dernières
années, avec " Tore " paru sur Shambala et Synapses sur le label Selektion.
Aujourd’hui Corpus Hermeticum sort le disque de PHEROMONE, trio avec Eric
Cordier (vielle à roue et traitement électronique) et Jean-Luc Guionnet
(citera, chiftelia, bois, métal et micros contact), auxquels s’est joint
Pascal Battus (guitare environnée). Trio d’improvisation définitivement
sorti de l’approche old school, sans pour autant sacrifier à la tendance
minimaliste actuelle. Comme la plupart des disques parus sur Corpus H.
celui-ci est traversé par l’énergie du rock.
Pour PHEROMONE le petit Robert donne cette définition en biologie :
sécrétion externe produite par un organisme, qui stimule une réponse
physiologique ou comportementale chez un autre membre de la même espèce. L’
improvisation jouée comme réponse à une stimulation sonore de l’autre. Ce
qui semble dire qu’il n’y a pas de réponses imaginaires mais seulement
antérieures (de l’ordre du réflexe, codifiée). Ce qui pourrait être une
remise en cause (ou tout au moins un doute émis à propos) du caractère
déclaré libertaire de l’improvisation ou des musiques improvisées, une façon
de dire qu’elles comportent un caractère idiomatique, un déterminisme
culturel ? Mais il resterait du désir, du collectif, de la circulation, de l
’échange, de l’un à l’autre, l’improvisation comme érotique.
Longue pièce enregistrée par Eric La Casa et Pierre-Henri Thiebaut
Disparlure ", développe des paysages sonores bruissants, sons éclatés dans
l’espace se répondant à la façon de ces phéromones, atteignant une apparente
cacophonie de nuit d’été. Les textures sont denses et travaillées de
torsions et de déchirures, de brûlures et d’implosions, la matière ne reste
jamais inerte, le travail incessant. Disque de grincements, de matières
ferrugineuses, lourdes, très denses. On y entend quelque chose de l’ordre de
l’animalité, un peu à la façon d’une nourriture que se disputeraient des
coléoptères voraces, déchiquetant, amputant, déchirant cette masse sonique.
L’intérêt pour les sources sonores (de la guitare environnée ou de la vielle
à roue) disparaît, semble secondaire, une belle confusion règne là, riche et
non maigre, mais pourtant coupante, dangereuse. Les mains tremblent,
cherchent, fouillent dans la matière à la recherche de ce son d’or qui
fascine tant Charlemagne Palestine, mais ici comme pris dans le déchet, le
rebus de la chose musicale. Quête alchimique de la merdre en or.
Disparlure ", un bégaiement à la Christian Prigent, il y a de l’anamorphose
dans la musique du trio, une torsion du musical dans le bruit monstrueux,
comme une mise en vibration du réel. Prigent parlant de l’anamorphose en dit
 : " Son intérêt réside dans ce geste symptomatique, qui désavoue
implicitement la réalité que serait censée figurer la représentation codée "
. Est-ce de la musique (cette grande écriture codée des sons d’une société à
un certain stade de son développement) ou plus simplement un moment de vie,
du temps parlé ?
Après le trio Noetinger / Marchetti / Werchowski, Bruce Russell continue d’
ouvrir son label aux expériences de l’improvisation de la vieille Europe,
sortant la musique de l’impérialisme culturel anglo-saxon. Il y aurait un
autre monde ?

MICHEL HENRITZI