Jean-Luc Guionnet
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W

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- amor fati – Bordeaux - France - 2007
improvisation instrumentale
Benjamin Duboc (cb) & Jean-Luc Guionnet (sa)


"Un saxophone alto (Jean-Luc Guionnet) et une contrebasse (Benjamin Duboc), perdus dans la nuit, envoient des signaux acoustiques à qui veut bien les entendre. Chaque instrument trace autour de lui un périmètre où le danger guette, le silence manque à tout moment de l’emporter sur leur furtive présence. Expérience sensorielle pour le moins fascinante enregistrée en novembre 2005 par Jean-Yves Bernhard, dans l’atelier de Richard Morice à Paris, W explore au bord de l’audible des territoires musicaux insolites. Une seule et unique plage, étirée sur quarante minutes, qui creuse le temps, laisse agir les sons. Deux instruments, mais une multitude de possibles. Souffle heurté, tâtonnant, flottant, déchiré, intériorisé, sourd. Cordes suspendues, pincées, frottées, brutalisées, caressées, vrombissantes. De part et d’autre, en écho, une succession de griffures, fragiles et inquiétantes à la fois. Des masses sonores accidentées qui se fissurent, se dilatent, respirent, s’évident. Jean-Luc Guionnet et Benjamin Duboc donnent à écouter une musique hors-cadre qui fuit de tous côtés, se fond avec patience dans l’atmosphère chromatique déployée par chaque instrument. Une musique qui se fait lieu, qui se noie et s’ancre dans l’épaisseur de ce lieu, en sa profondeur et sa surface. Propagation d’un mystère, au rythme de deux sensibilités qui se font face, se guettent, s’interpellent ou se meuvent ensemble sans mot dire. Beauté de l’ineffable. Poésie sonore d’un espace tourmenté qui improvise ses courbes et ses recoins, ses plis et ses luttes intimes."
Fabrice Fuentes, le 18 septembre 2008 (http://www.pinkushion.com/enmarge.php3?id_article=3313)

Enregistrés le 20 novembre 2005 par Jean-Yves Bernhard dans l’atelier de Richard Morice à Paris. Une tension entretenue jusqu’au bout dans un jeu sur les sons longs et les masses, les accidents et l’écoute du silence. Une musique autant physique que mentale.
Metamkine

Improjazz 147, juillet-août 2008
Dans le sillage de l’"Etau" resserré avec le batteur Edward Perraud (Creative Sources/Improjazz) ou de ses propres "Pièces pour contrebasse et tuyaux" (Le Petit Label/Improjazz), Benjamin Duboc poursuit ici ses recherches sur le son et son absence. Il s’est, pour l’occasion, acoquiné avec le saxophoniste alto Jean-Luc Guionnet, tiers soufflant du "poisson libre" qu’il partage également avec Edward (The Fish "Live at Olympic Café & Jazz à Mulhouse", Ayler Records/Improjazz) et membre d’une petite vingtaine de formations dans le domaine de l’improvisation comme de la composition contemporaine. Une affaire de famille, en somme…
Lorsque le CD commence et que l’on s’est confortablement installé pour une première écoute, le jeu consisterait presque à deviner qui engendre quel son tant les deux hommes sont passés maîtres en l’art de brouiller les pistes. Ainsi, ces légers frôlements sur la contrebasse ne peuvent incomber à Benjamin puisque, dans le même temps, l’archet vient effleure les cordes dans les aigus. Ce souffle à peine timbré, mais qui met en perspective le bel agencement de l’architecture générale, ne peut être l’œuvre de Jean-Luc puisque, parallèlement, une lointaine ligne d’alto esquisse une nouvelle focale et confère aux textures, mouvantes et translucides, leur véritable épaisseur. Et ainsi de suite, au hasard des formes rencontrées…
Pourtant, à mesure que s’écoulent les quarante minutes de l’unique pièce constituant cet album, on s’aperçoit que la paternité de tel ou tel son nous est devenue indifférente et que l’on attribuerait plutôt le copyright de l’œuvre ainsi établie à un seul artiste bicéphale, doué d’une double pensée musicale et de certaines aptitudes à la désynchronisation. Car l’important est ailleurs ! Et ces fameux sons, dont j’assume la répétition du terme sans jamais les nommer, sont eux-mêmes sujets à caution. En effet, ce n’est pas tel slap de saxophone, telle ligne de basse, tel coup heurtant tel instrument ni tel effet donné à tel souffle ou maniement d’archet qui définissent cette musique, mais la distance les séparant et le manque indéniable succédant à leur disparition. Dans le langage élaboré par Jean-Luc et Benjamin, c’est le silence entre les termes qui fait sens et, de ce point de vue, leur conversation est plus signifiante que bien des discussions au lexique arrogant, mais à la sémantique… in-signifiante.
Ils créent du silence, donc. Mais, comme les trous dans le gruyère ne sont rien sans la matière qui les englobe (si l’on veut bien excuser cette comparaison pour le moins triviale), ce silence ne peut exister que si le son le détermine. Alors, ils tissent des formes audibles pour mieux délimiter les contours de leur enjeu véritable. Et c’est à ces formes que, bêtement, nous nous attachons, cherchant même à deviner qui joue quoi, lorsque nous ne devrions écouter que l’effrayante profondeur de ces espaces vacants.
Finalement le son n’est qu’une absence de silence ! Et c’est ce que nous murmurent Benjamin Duboc et Jean-Luc Guionnet dans ce "W" aussi radical dans sa détermination que précis dans l’élaboration de son projet. Un projet minimaliste, sans doute, mais bruissant des mille scories par lesquelles son principal objet prend corps dans le mouvement perpétuel de l’attente et de sa résolution.
Joël Pagier

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Extrait sur amorfati.fr