Jean-Luc Guionnet
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Afflux (Aizier - st.Martin - Dieppe)

¬ Discographie ¬ Dispositifs

- Edition xxiii - Atlanta - USA - 2000
dispositif électroacoustique de prise de son et de mixage – 1999 (idem)


Source : site de Eric La Casa

- AFFLUX "Bouquetot / Paris / Port-Jérome"

Dans le contexte d’une musique "in situ", l’enregistrement pourrait être l’interstice entre l’espace et le temps, la marque de leur rencontre, de leur lutte. Jean-Luc GUIONNET, Eric LA CASA et Eric CORDIER disposent chacun d’un matériel d’enregistrement spécifique pour capturer la trace d’un moment dans un espace spécifique ; les lieux choisis sont tous trois en relation avec la notion de transport, peut-être pour la symbolique de mouvement, de processus continu qu’ils évoquent. Chaque espace d’enregistrement existe en tant que lieu défini, délimité (tunnel, gare, raffinerie), mais le fait d’enregistrer, de délimiter
une zone d’activité sonore, de par la position des capteurs et la zone qu’ils recouvrent, redéfinit les frontières, réévalue le découpage de l’espace, délimite un site en mouvement, trace d’une double rencontre, celle de l’activité humaine chaotique et fluctuante et l’action délibérée des artistes, et celle d’un temps, isolé, segmenté par l’enregistrement, et d’un espace redéfini par des règles non plus liées au découpage visuel, objectif, mais au développement du son dans un espace sans limites sinon acoustiques. La beauté poétique de cette activité trouve une réponse dans le résultat sonore, qui oscille entre trace d’une activité identifiable et la réponse imperceptible de l’environnement, de l’architecture, une autre construction de l’espace perçue par d’autres oreilles.
Toma BURVENICH, Revue & corrigée 53, Septembre 2002

- AFFLUX - AIZIER ST MARTIN-SUR-MER DIEPPE

Afflux is a collaboration by three wellknown French composers : Eric Cordier, Jean-Luc Guionnet and Eric La Casa. They have built a musical interface to work live with sounds from specific sites, one of them recording those sounds and sending them to the other two, who can manipulate them in various ways. This process can basically be carried out perpetuously, so that a continous stream is created. As sound sources for their work they have chosen similar sites : streams, ports, stations, roads and so on. The title of the CD refers to the locations where the sounds were recorded. Th results are works that flow as the
original material, but with many subtle alterations. It is possible to stay in touch with the original, but one can just as well focus on the manipulations and be wrapped in an imaginary world, founded on the real one. This interplay between the real and the imaginary is very seductive and creates an endless stream of possibilities inbetween. It takes some time for the unreal to unveil itself, but that is precisely the charm of this record. A very good work.
roel Melkop, Vital, été 2002

Il me vient sans cesse une image à l’écoute des disques d’Afflux : celle d’un corps dont le sens principal serait l’écoute, et qui aurait une morphologie en conséquence. Ses "oreilles" ne seraient pas juste double, ni seulement composées
d’une membrane vibrante au fond d’un pavillon, mais d’une multitude de capteurs divers : membranes, palpes, résonateurs, fins organes en forme de fils tendus dans l’espace avoisinant, tentacules auditifs extensibles allant chercher les sons au plus près dans des directions diverses... le tout ramenant dans des mouvements de caresses, de nombreuses informations sur l’environnement proche et lointain de ce corps. Techniquement c’est un peu à cela que ressemble l’installation de captage sonore de Jean-Luc Guionnet, Eric La Casa et Eric Cordier : une camionnette remplie de machines d’enregistrement, de micros de toutes natures, de micros préparés qu’ils placent et déploient dans diverses localisations pour en extraire une quintessence a pas à proprement (à classiquement) parler de musique au départ de ce jeu avec l’environnement, mais
un monde de bruissements, de vibrations, d’accidents sonores, de souffles, d’échos, que ces trois poètes (j’entends par là personnes douées d’une grande
sensibilité d’acuité) recueillent délicatement, et assemblent directement sur la bande. Il y a quelque chose de formidablement excitant dans cette démarche, qui au final offre une musique extraordinaire. Ces trois-là, dans cette situation, ne sont pas des créateurs de sons, comme il est traditionnellement entendu qu’un musicien doit être, mais des articulations raffinées,
des cartilages subtils dans l’ossature complexe de la poétique sonore du réel. Ici ils (se) livrent (à) une écoute attentive du monde réel objectif, transformée avec respect en une forme poétique subjective et collective. Six oreilles, trois cœurs et une volonté commune de se promener au plus près, ou au plus loin des sons, de ce qui les produit, de ceux qui nous environnent.
Et de ces points de vue instables et fugaces dont ils nous font part, nous pouvons faire avec nos deux oreilles l’expérience alchimique de la transmutation du plomb en or. Ce quotidien sonore qui nous environne sans cesse, et dont la majorité d’entre nous n’a que faire, est ici magnifié, exalté dans une beauté stupéfiante. Ici aussi, par cette pratique, l’ego disparaît,
les trois musiciens se fondent en un organe exagérément sensible de perception, pour nous offrir la beauté immanente du monde sur un plateau. Micro et macro-perceptions se fondent, les musiciens ne jouent plus d’instruments, mais
se font les instruments de révélation de la poésie de notre monde. Superbe. P.S. : l’autre disque sur Ground Fault offre une écoute de paysages plutôt industriels (gare, autoroute, raffinerie), ici ce sont plutôt des paysages au bord du monde industriel (tuyaux de métal au bord d’un fleuve, bord de mer - la prise de son s’arrêtant lorsque la mer, trop haute, obligea de dégager
la camionnette -, station radar d’un bord de mer).
Manu HOLTERBACH, Revue & corrigée 54, Décembre 2002