Vêpres à la Vierge Bienheureuse

Présentation du texte par l’auteur


"J’ai écrit Vêpres à la vierge..."

J’ai écrit Vêpres à la vierge à la suite d’un fait-divers. Un garçon qui habitait dans mon immeuble s’était mis à se prostituer en travesti près de la caserne Cavalli, où il avait fait son service militaire quelques mois plus tôt. Cela avait déclenché un violent conflit avec son père, à la suite duquel il avait quitté le foyer familial pour aller vivre à Milan. Un jour, j’ai appris que ce garçon s’était suicidé, en se défenestrant.

Alors, j’ai inventé une autre version de l’histoire : le père, une nuit, reçoit un appel téléphonique de son fils, qui lui confesse son intention de se suicider. Le père commence alors à s’inquiéter. Ce père - qui est un modeste vendeur ambulant, un homme qui joue aux cartes, qui s’exprime dans un langage rude, la langue des marchés, la langue qu’il a l’habitude d’employer pour blâmer sa femme et ses enfants – commence peu à peu à s’exprimer dans un autre registre. À travers l’usage d’une sorte de langue poétique, il tente d’accompagner son fils vers le salut, dans ce passage entre la vie et la mort. Un salut proche de l’image de Léthé, le fleuve de l’oubli, c’est-à-dire, un salut vers un paradis païen.

Le père va récupérer la dépouille de son fils à la morgue de Milan pour la ramener à Turin. À ce moment du drame, le père va frapper à toutes les portes : chez une comtesse, dans un institut religieux et cetera, pour récolter de l’argent pour les funérailles de son fils, et pouvoir l’enterrer dignement. L’amour tardif du père pour son fils qui a transgressé les moeurs sociales a peut-être le pouvoir de racheter la figure même du père.

Synopsis

Un père est venu reprendre le corps
de son fils, mort suicidé dans les
eaux de l’Idroscalo. En attendant
qu’on fasse l’autopsie, il évoque,
dans l’obscurité de la morgue,
comment, une nuit, au cours d’un
coup de téléphone tumultueux, il a
aidé son fils — faisant semblant de
seconder sa folie — à affronter et à
dépasser les pièges du trépas.

Une décision extrême engendre une entente fatale dans un langage extrême : et
donc capable de défaire les noeuds d’une existence « dramatique », dense
d’événements emmêlées, d’accidents. Ce qui peut favoriser, en dehors de toute
liturgie, la rencontre avec le mythe.

Par des voies occasionnelles, car la poésie en est l’occasion, le héros parvient
ainsi à une certitude consciente, quoique opaque, de l’impossibilité d’éviter la
tragédie : cette impossibilité demande l’innocence du héros, dont le sort est
prisonnier d’un conflit de forces lointaines et étrangères. Telles qu’elles
empêchent la prospection de la simple idée de justification. Ceci engendre chez
lui une souffrance tragique qui, tout en ne le rédimant pas (de quoi, après
tout ?), lui permet de prendre part à une fable originaire, à une identité.